JdP 26.01.13

Publié le par Béatrice Brérot

 

Samedi 26 janvier trois poètes, Christophe Manon, Marc Guillerot et Fabrice Caravaca également éditeur au Dernier Télégramme, ont offert au public des jeux dits de la poésie une soirée intense et interactive.

De Limoges et Paris, ils sont venus dire des textes (inédits pour quelques-uns), des mots, mais aussi des sons, des lettres balbutiées qui ont finalement pris corps dans la bouche de chacun puisque, sur l'invite du limougeaud Marc Guillerot, la moindre vibration sonore est devenue vibra[c]tion poétique. Du cercle où nous étions est survenue une interprétation commune et vivante de poésie phonétique dont Raoul Hausmann qui en a été précurseur, n'aurait pas eu à rougir. 

 

Sises également à Limoges, les éditions Dernier Télégramme fondées en 2005 par Fabrice Caravaca, s’intéressent au travail sur la langue, au texte en tant qu'outil pour inventer sa propre langue, pour trouver la poésie en soi. Sans repli sur une seule forme poétique, cet éditeur s’engage avec ses auteurs pour défendre “les interactions entre la langue et le corps”. Aussi trouve-t-on à son catalogue des poètes comme Franck Doyen, Edith Azam, Julien Blaine, Fred Griot, Charles Pennequin, Serge Pey, Pierre Soletti, Lucien Suel, Christophe Manon, Marc Guillerot. Parmi eux, c’est Manon et Guillerot que F. Caravaca a choisi d’inviter pour sa carte blanche aux derniers jeux dits de la poésie.

 

 

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Le performer Marc Guillerot explore pleinement ce champ de la poésie où le corps est au cœur de l’écriture, où la voix, le son fabriquent des alphabets nouveaux et dynamiques. Marc Guillerot est un poète non assujetti au sens des mots. Là où il se trouve, il improvise en laissant advenir les sons au bord des lèvres, des sons qui vont s’épaississant pour devenir des lettres, des mots, des phrases. Puis c’est tout son corps qui entre en liaison avec les sons, qui vient bégayer aussi, esquisser quelques traits, effectuer un jambage, une pointe, raturer, changer de chasse, exécuter quelques contre poinçons ou empattements. Marc Guillerot raconte ainsi la genèse du lieu même où nous habitons et d’où nous imaginons le monde : le corps graphique.

 

Pour vous rendre compte par vous-même, vous pouvez acheter le CD Glossolalie sur le site des éditions Dernier Télégramme.

 

 

 

   

 

Dans le panorama de la poésie contemporaine, Christophe Manon a une place à part.

Ses textes comme L’Idieu, Univerciel, Qui vive, dont la dimension politique se manifeste sous la forme “d’un discours poétique de la fraternité”,  résonnent à la manière d’un chant ; ce que Manon revendique en parlant de “lyrisme de masse” à propos de Qui vive. Mais les procédés d’écriture adoptés par l’auteur sont quant à eux très modernes, balayant d’un coup les vieilles querelles et les oppositions entre poésie lyrique et poésie formaliste. “Lyrisme ou formalisme, je ne vois pas de raison de s’interdire quoi que ce soit en matière d’écriture. Manon ne s’interdit rien mais il sait où il va. Sa lecture presque murmurée et non pas clamée en témoigne. Elle exprime aussi sa volonté de ne pas recommencer ce qui a déjà été fait par les hommes et les femmes en lutte pour leur émancipation et auxquels il s’adresse à travers ses textes, comme pour les saluer et ne pas les oublier. Hommage. En hommage également, de Manon à Villon, superbe et décalé, Le testament, dont il a fait lecture lors de cette soirée après avoir partagé une série de textes inédits intitulée Futur intérieur, toujours dans cette tonalité à fleur de peau jusqu’à tenir le dire en suspension.

 

 

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Le travail de Fabrice Caravaca, tout aussi sensible, indispensable, se situe dans la même veine. La Vie* est un chant ou un appel poétique à la fraternité, aux possibles et à ce qui lie les êtres entre eux. Il semblerait que ces jeunes hommes appartiennent à une même communauté d’esprit. D'ailleurs à la toute première page de son livre Fabrice Caravaca se réclame d'une famille poétique à laquelle il rallie Manon, Serge Pey et Lucien Suel. Aussi, dans les textes de Manon comme dans ceux de Caravaca, l'utilisation du “nous” leur est-elle inévitablement commune. Ce "nous" englobe les membres de cette tribu mais aussi toutes celles et ceux qui portent l’humanité en eux. Autrement dit, les poèmes pour le vivant s'écrivent chaque jour, partout et par tous. Cette humanité qui danse, cette humanité malgré tout, c'est nous.

 

Ces jeux dits de la poésie ont donc été du meilleur cru. Ils ont magnifiquement illustrés ce qu'est la poésie aujourd'hui, ce qu'elle a de plus juste et de plus stimulant d'autant que pour finir, ils ont permis un échange favorable à la prise de parole. Je salue et remercie encore Marc, Fabrice et Christophe pour cela mais aussi le public qui a joué le jeu(dit de la poésie) ! 

   

*La Vie de Fabrice Caravaca, éditions Les fondeurs de briques ; 2010

 

 



 

annonce

 

prochains jeux dits de la poésie : mardi 19 février à 19h.

 

 

 

 

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